Devant les événements mondiaux, crises sanitaire, climatique, économique et sociale nous sommes face au défi d'apprendre à accueillir l'incertitude. Incertitude fondamentale pourtant du vivant que nous avions trop rapidement oubliée, endormis par les fausses promesses du contrôle et des garanties à bon compte.


Une des vertus du yoga est justement de nous ramener à la conscience du vivant en nous et autour de nous. Pleinement conscients de la vie nous ressentons alors son impermanence fondamentale. Rien ne demeure, tout change incessamment. Le yoga appelle ainsi chacun à s'ouvrir au mouvement de la vie qui jamais ne cesse trouvant à s'écouler quels que soient les obstacles ou les aléas. Un flux de vie qui excède immensément notre petit moi.


Naître à la vie, c'est s'accorder à ce flux changeant. Flux dont personne ne peut se dire propriétaire. L'humilité va alors de soi et elle ne s'affiche pas. Toute vie ne s'exprime qu'au sein de la vie, et s'éteint lorsqu'elle s'en sépare. Ce qui nous sépare de la vie nous éteint. Et nous éteignant nous ne supportons plus de voir encore briller ce dont nous nous sommes détournés. Voulons nous vraiment éteindre la lumière en partant, persuadés de son inutilité si nous n'y sommes pas ?

Le ruisseau qui bouillonne me rappelle au moment présent La vérité du jour nouveau qui se déploie Le soleil qui se lève La rosée matinale qui étincelle en arcs en ciel Les champs bruns qui se reposent après la moisson Les feuilles qui tapissent le sol de la forêt se préparent de nouveaux vêtements pour le printemps Dans la paix, je m’assoie pour calmer ma souffrance

Y a-t-il une seule fleur qui s’épanouisse sans que le bourgeon n’éclate avec douleur ? Y a-t-il un seul enfant qui grandisse joyeusement sans que sa mère n’endure quelques difficultés ? Y a-t-il une seule goutte de compassion qui ne soit pas construite sur le fondement de la souffrance?

Avec beaucoup de soin Avec beaucoup de douceur Je fais le vœu de prendre soin de moi De revenir sans cesse à moi-même pour embrasser ma douleur

Ne prononce aucun mot quand ton cœur porte encore l’empreinte de la souffrance, cela ne ferait que blesser les autres Ne laisse aucune pensée s’élever quand la souffrance est présente, son énergie s’emparerait de ta joie Souviens-toi, prends bien soin de toi Avec beaucoup de soin Avec beaucoup de douceur

Reviens à toi pour embrasser les blessures anciennes Afin que l’amour et la compassion continuent à s’épanouir Et demain, fleurs et fruits jailliront, verts et frais


Poème de Hoi Nghiêm, nonne au Village des Pruniers

fondé par Thich Nhat Hanh


Dans le Hatha Yoga les mantras jouent un rôle mineur.


Dans le "Dattatreyayogasastra", premier texte décrivant un classement des méthodes de yoga en 4 types, le mantrayoga est au niveau le plus bas : celui-ci s'adresse au "pratiquant de bas niveau, de peu d'intelligence" et "peut être accompli par tout un chacun". Ce texte inclut également les mantras dans la liste des obstacles à la pratique du yoga (strophe 52).


A l'origine la récitation de mantras est associée à des rituels ou des pratiques magiques destinées à obtenir des bénéfices divers et variés ou encore à jeter des sorts. La Hathayogapradipika, compilation de textes de Hatha Yoga, ne décrit pas de pratique de mantras. La seule occurrence du mot mantra apparaît dans l'affirmation selon laquelle, dans l'état de samadhi, le yogi ne peut pas être soumis par des mantras ou des yantras.

La poétesse mystique cachemirie Lalla s'oppose aux mantras sur un mode plus poétique. Bien qu'étant elle-même imprégnée des traditions tantriques, elle déclare qu'il n'est nul besoin des mantras tantriques pourvu qu'on maîtrise le om. Elle va encore au-delà de ce rejet en affirmant qu'on doit adorer le Seigneur avec le mantra du silence (7.13).


(Composé à partir d'extraits du livre "Les racines du Yoga" de James Mallinson et Mark Singleton aux éditions Almora)