A quoi pensez-vous le matin, Patrick Chamoiseau ?


"J'essaye de ne penser à rien, de libérer mon esprit autant que possible du vacarme habituel (…) Césaire disait que la misère de beaucoup d'hommes, c'est qu'ils ne savent pas se faire arbre ou devenir fleuve. Je crois que nous avons à sortir de la verticalité de notre humanisme. Cette verticalité qui nous a coupé du vivant. Je pense que, de temps en temps, il faut non seulement parler au nom des arbres, des animaux et de tout le non-humain, mais aussi, très souvent se faire nous-mêmes non-humains. Nous devons reconsidérer le rapport au vivant. Dans la pensée animiste, le devenir non-humain était plus évident. Nous, nous l’avons perdu, mais on y revient, sur des bases scientifiques, mais on y revient quand même. Le silence de l'esprit que l'on obtient quand on s'accorde au vivant est la source, me semble-t-il, de l'acte de création."

Patrick Chamoiseau sur France Culture


Ce silence de l'esprit lorsque l'on s'accorde au vivant, c'est véritablement l'état méditatif...


Mis à jour : il y a un jour

"Bien que ses pratiquants fassent régulièrement appel à la tradition du hatha yoga indien, le yoga contemporain basé sur les postures ne peut pas être réellement considéré comme l'héritier direct de cette tradition."

Selon Mark Singleton dans "Aux origines du yoga postural moderne", éditions Almora.


L'aspect le plus important de la pratique du yoga consiste à se libérer de tout dogme, toute croyance, toute superstition, toute supposée connaissance, par le non-agir méditatif. L'agir soi-disant spontané ne faisant jamais que reproduire le déjà connu, le déjà su. Comment alors espérer se libérer quand on ne fait que singer ou répéter comme un perroquet ce que l'on a vu ou entendu sans en avoir jamais fait l'expérience par soi-même, la seule et unique expérience qui vaille, celle du vécu, du ressenti, de l'éprouvé... dans l'ici et le maintenant, une expérience intime, dépouillée de toute projection mentale.


Il serait dommage que le yoga se noie dans des effets de mode et l'esbroufe de vaines gloires yogiques, expressions d'un monde égotiste aux antipodes des véritables aspirations du yoga.

Plus de 4000 morts par jour : cela fait des semaines que ça dure et le pic ne passe pas, les villes les plus peuplées comme Delhi, mais aussi Calcutta, sont débordées par le nombre de cas graves. Et faute d‘avoir suffisamment de lits d’hôpitaux, de bouteilles d’oxygène et de vaccins pour tout le monde, certains Indiens s’en remettent à des solutions, disons, alternatives. Ce qui donne lieu à un genre nouveau de séances de médecine parallèle, montrées dans un reportage vidéo du South China Morning Post : un homme nous y explique qu’il s’enduit le corps d’un mélange de lait, de beurre clarifié et surtout de bouse et d’urine de vache, parce que ces excréments, nous explique-t-il, sont très riche en vitamine B12 qui pénètre sous la peau quand le mélange est étalé sur tout le corps et laissé suffisamment longtemps pour y sécher. Voilà comment il se protège, nous assure-t-il, d’une contamination au Covid, lui qui est exposé chaque jour à des malades dans son travail.

Ces pratiques ont pris une telle importance en Inde que les autorités sanitaires ont jugé nécessaire d’alerter sur leur absence d’efficacité voire même sur le fait qu’elles renforcent, à l’inverse, la circulation du coronavirus, puisque ceux qui y ont recours se croient protégés et ne respectent plus aucun geste barrière, complète le quotidien The Deccan Herald.

On est là face à une combinaison de désinformation sur les réseaux, de charlatanisme qui exploite certaines croyances ancestrales, et surtout de grande confusion de millions d’Indiens confrontés à la menace de la pandémie sans grand-chose d’autre que des queues de vaches sacrées auxquelles se raccrocher. Et même les vaches ne sont plus si sacrées que ça pour certains en Inde… Sujet exploré dans l’enquête très fournie menée par le magazine The Caravan, qui y consacre la Une de son édition du mois de mai. Enquête sur les trafics de vaches à travers toute l’Inde, des animaux volés en pleine rue ou en plein champ pour être acheminés vers des régions du pays où l’on est moins regardant sur le caractère sacré des bovins et sur le bien-être animal de manière plus général.


Le trafic de vaches, et in fine de leur viande, est une véritable mafia qui génère des quantités énormes d’argent sale… le mensuel en veut pour preuve cette anecdote racontée il y a quelques semaines par le Times of India : des agents de la répression des fraudes étaient venus perquisitionner les bureaux d’une entreprise de Calcutta soupçonnée de dissimuler du trafic de viande, et les voisins de l’immeuble avaient été surpris de voir, dans la rue à l’arrière du bâtiment, une pluie de billets de banque qui a duré plusieurs minutes, le temps pour un employé de faire disparaître le butin… en le jetant par la fenêtre.


Au-delà de l’anecdote, les articles de The Caravan nous plongent dans l’univers du crime organisé indien et pointe les hypocrisies du pouvoir nationaliste hindou de Narendra Modi qui se dit très à cheval sur les principes religieux et la protection des vaches mais laisse proliférer ce trafic particulièrement lucratif. Il ne manque plus que ces trafiquants se mettent à commercialiser de la bouse de vache à prix d’or dans de beaux emballages pharmaceutiques garantis anti-Covid-19, et la boucle sera bouclée.


Revue de presse internationale 14/05/2021 par Camille Magnard

France Culture